Anne Nguyen


« Danser pour la Terre »

Racine Carrée, Yonder Woman, PROMENADE OBLIGATOIRE, bal.exe, Autarcie (….), Kata… Les titres des spectacles d’Anne Nguyen évoquent ses multiples influences : les mathématiques et les arts martiaux mais aussi les utopies et les mythes. Très jeune, Anne pratique la gymnastique en compétition puis s’initie à de nombreux arts martiaux comme le Viet Vo Dao, la capoeira et le jiu-jitsu brésilien. Fascinée par la science, elle se destine à une carrière dans le domaine de la physique, mais abandonne cette perspective quand elle découvre le monde du break, dont les valeurs reflètent son désir d’émancipation.


« Avoir du style c’est savoir prendre position. »

C’est d’abord en écrivant qu’elle exprime sa volonté de libérer l’esprit par le corps, avec son Manuel du Guerrier de la Ville, publié dans le magazine Graff It !, pour lequel elle a été rédactrice en chef de la danse. Le chorégraphe Faustin Linyekula, pour lequel elle est alors interprète, l’incite à chorégraphier un solo autour de ces poèmes : c’est ainsi que Racine Carrée voit le jour en 2005. Immédiatement plébiscitée par la profession, elle danse ce solo autour du globe pendant de nombreuses années, tout en continuant de nourrir sa passion pour le break dans les battles et les cyphers, à une époque où la danse hip-hop est en pleine effervescence en France. Elle danse avec des groupes légendaires comme RedMask à Montréal ou encore Phase T, Def Dogz et Créteil Style en France. Avec eux mais surtout en solo, elle participe à des centaines de battles, remporte l’IBE 2004, le BOTY 2005, juge le BOTY 2006 ou encore le Red Bull BC One en 2007. Le film documentaire Planet B-Boy (2007) témoigne de cette époque où Anne concilie ses nombreux battles avec le développement de sa propre compagnie et sa carrière d’interprète pour des compagnies contemporaines et hip-hop, comme les célèbres Black Blanc Beur.


Trailer d’Anne Nguyen (B-girl Anne) en battle.

Démo break 2017 Anne Nguyen.

En 2007, un groupe de lockeurs l’invite à créer Keep it Funky!, qui marque le début d’un cycle de créations dans lequel Anne se dédie à sublimer l’essence des différentes danses hip-hop. Avec PROMENADE OBLIGATOIRE et bal.exe, elle sculpte le geste popping dans des structures minimalistes précises et élégantes, et invente le looping pop, une danse de couple robotique. En 2013, elle est lauréate du Prix Nouveau Talent Chorégraphie SACD. Anne continue d’être interprète de ses propres créations : après Racine Carrée, elle chorégraphie le duo Yonder Woman puis le quatuor Autarcie (….), dans lesquels elle se met en scène aux côtés de figures marquantes du hip-hop féminin. Ses chorégraphies allient contrainte et liberté, poésie et mathématiques, technicité et improvisation, sensualité et explosivité. En 2017, Anne rend hommage à sa discipline de prédilection avec Kata, qui sublime l’esprit martial du break. Anne Nguyen est régulièrement sollicitée pour son expertise sur la danse hip-hop. Depuis 2012, elle enseigne un atelier artistique sur la danse hip-hop à Sciences Po Paris. Convaincue de la valeur positive de la danse dans la société, elle crée Danse des guerriers de la ville, un parcours d’installations numériques qui offre au public la possibilité de s’immerger dans l’univers de la danse hip-hop.

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  • PROMENADE OBLIGATOIRE, création 2012. © Pierre Borasci
  • PROMENADE OBLIGATOIRE, création 2012. © Pierre Borasci
  • Autarcie (....), création 2013. © Jean Van Lingen
  • Autarcie (....), création 2013. © Philippe Gramard
  • Yonder Woman, création 2010. © Philippe Gramard
  • Yonder Woman, création 2010. © Philippe Gramard
  • Racine Carrée, création 2007. © Philippe Gramard


« L’être humain aura toujours besoin de se sentir rattaché à la beauté. »

En 2018, Anne Nguyen décide de se détacher des contraintes de forme pour orienter son travail sur les valeurs qui l’ont amenée à la danse. Férue de mythologie et de littérature, elle s’intéresse au geste comme symbole, au corps comme objet de revendication, au mouvement comme besoin primaire, à la scène comme lieu de partage privilégié. Elle affirme la responsabilité immense de l’artiste dans un monde inondé par l’industrie du divertissement et questionne les limites de notre liberté, de notre image de la liberté, de notre désir de liberté.

« Danser, chorégraphier, écrire, oui, mais pourquoi ? »
Faustin Linyekula citait Jorge Luis Borges dans Le Livre de sable (1978) : “Je n’écris pas pour une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue. J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps.” En le citant, Faustin avait remplacé “écrire” par “danser”, mais aussi “adoucir” par “ralentir”. »

L’art et la beauté peuvent-ils ralentir le cours du temps ? La beauté est-elle le dernier refuge de l’humanité ? Dans son nouveau cycle de créations, Anne Nguyen construit des espaces symboliques où la danse, puissante, libératrice et frénétique, devient un rituel magique destiné à nous faire réinvestir le présent. Emblème de ce nouveau cycle, A mon bel amour, qu’elle créera en 2019, s’inspirera du récit de l’arche de Noé et du principe du défilé pour interroger l’essence de la beauté.





Extrait de la note d’intention de la chorégraphe

« J’ai suivi un cursus scientifique, et m’inspire beaucoup de principes mathématiques et géométriques pour composer des motifs de danse dans l’espace. La danse hip-hop, comme beaucoup de danses, se danse en ronds. Elle est née au sein de rassemblements, où des cercles s’ouvraient autour d’un danseur. Elle se danse pour soi et pour des observateurs placés tout autour du cercle. La scène, en revanche, est un espace carré, où le public définit une « face » et où les conventions sont nombreuses. La démarche du danseur ne peut être la même dans ces deux espaces. Pour écrire la danse hip-hop sur scène, il faut se poser ces questions fondamentales : comment inscrire le mouvement dans l’espace carré de la scène sans faire une simple transposition de la danse originelle ? Comment réussir à danser en habitant l’espace de la scène tout entier, sans se limiter à trouver des justifications dramaturgiques pour passer d’un point à l’autre et y effectuer son “passage*” de break circulaire ou de popping* frontal ? Comment rendre la danse lisible sans que les mouvements soient dénaturés et sans perte d’énergie ? Je m’efforce de penser la danse sur scène en termes d'”utilité”. Pour qui, vers quoi danse-t-on ? Pour breaker sur toute la surface de la scène, il faut réussir à casser la force centrifuge, à la développer en motifs pouvant s’écrire en lignes ou en courbes qui permettront au spectateur de mieux lire les mouvements. »

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