Anne Nguyen


Parcours


Trailer d’Anne Nguyen (B-girl Anne) en battle.
Danseuse et chorégraphe de la Compagnie par Terre, Anne Nguyen est avant tout breakeuse*, spécialiste de la danse hip-hop au sol. Elle a été interprète au sein de compagnies hip-hop et contemporaines (Black Blanc Beur, Faustin Linyekula, Salia Nï Seydou…). Elle a dansé avec plusieurs groupes de break (RedMask à Montréal ; Phase T, Def Dogz et Créteil Style à Paris…), et a participé à des centaines de battles*, en solo ou en groupe, dont plusieurs d’envergure qu’elle a remportés comme l’IBE 2004 ou le BOTY 2005. Elle a jugé de nombreux battles, comme le BOTY 2006 ou le Redbull BC One 2007. Elle apparaît dans le film documentaire Planet B-Boy (2007).

Anne est également auteure de poèmes, de textes courts et d’articles sur la danse (Danser, Repères, cahier de danse). Des extraits de son recueil de poèmes le Manuel du Guerrier de la Ville ont été publiés dans le magazine Graff It !, pour lequel elle a été rédactrice en chef de la section danse. Des textes d’Anne Nguyen, enregistrés ou parlés, rythment plusieurs des pièces de la compagnie (Racine Carrée, L’Esprit Souterrain). Anne transmet la danse hip-hop à travers une méthode basée sur les postures, la décomposition des mouvements et leur déploiement dans l’espace scénique. Elle mène depuis 2012 à Sciences Po Paris un atelier de pratique artistique et de réflexion sur la danse hip-hop, intitulé Hip-hop, une culture contemporaine.



Extrait de la note d’intention de la chorégraphe

« J’ai suivi un cursus scientifique, et m’inspire beaucoup de principes mathématiques et géométriques pour composer des motifs de danse dans l’espace. La danse hip-hop, comme beaucoup de danses, se danse en ronds. Elle est née au sein de rassemblements, où des cercles s’ouvraient autour d’un danseur. Elle se danse pour soi et pour des observateurs placés tout autour du cercle. La scène, en revanche, est un espace carré, où le public définit une « face » et où les conventions sont nombreuses. La démarche du danseur ne peut être la même dans ces deux espaces. Pour écrire la danse hip-hop sur scène, il faut se poser ces questions fondamentales : comment inscrire le mouvement dans l’espace carré de la scène sans faire une simple transposition de la danse originelle ? Comment réussir à danser en habitant l’espace de la scène tout entier, sans se limiter à trouver des justifications dramaturgiques pour passer d’un point à l’autre et y effectuer son “passage*” de break circulaire ou de popping* frontal ? Comment rendre la danse lisible sans que les mouvements soient dénaturés et sans perte d’énergie ? Je m’efforce de penser la danse sur scène en termes d'”utilité”. Pour qui, vers quoi danse-t-on ? Pour breaker sur toute la surface de la scène, il faut réussir à casser la force centrifuge, à la développer en motifs pouvant s’écrire en lignes ou en courbes qui permettront au spectateur de mieux lire les mouvements. »

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« Anne Nguyen, figure de style du hip-hop » par Ingrid Merckx – Politis (15 juin 2006)


« Manuel du Guerrier de la Ville », recueil de poèmes par Anne Nguyen


« Quel ensemble pour la danse break ? », article par Anne Nguyen dans Repères, cahier de danse n°25 (avril 2010)


« TOUCHER*

Où que je suive, je justifie chaque voyage d’à-faire. Les pieds sur terre, je traverse la masse gazeuse, me heurtant en chemin aux outils et aux corps en déplacement. Aiguillée comme un engin, enserrée comme une matière, bousculée comme un obstacle et frôlée comme un mur, je suis poussée à moderniser ma composition. Je dois ne pas me rendre compte de mes sensations.

Lapidée par la ville et sa population, je me tourne vers le sol, abandonnant les trajectoires verticales saturées. Je me presse contre un vis-à-vis palpable, immense et constant. Les quatre doigts orientés vers l’extérieur, je me dresse sur la pointe du pouce en opposition pour planter mes racines. J’ouvre sur tout mon corps des pieds et des pores pour rétablir le contact avec la force de réaction. Je dépose mon empreinte pour transformer le souvenir de chaque coup reçu en des couples de forces engendrant rebonds, leviers et glissements.

Je prends tout mon sens à l’horizontale. Si le devoir me permet de me connaître par accident, pour éprouver la portée de tout mon être, il me faut toucher Terre.
»

*toucher : on dit d’un breaker qu’il a un bon ou un mauvais toucher, d’après ses passe-passes (observation relative à la position des mains, des pieds, à la délicatesse et au silence d’exécution qui en résultent.)

Extrait du « Manuel du Guerrier de la Ville », par Anne Nguyen