Kata

Création 2017, durée 60 min




> Premières du Mer. 11 au Ven. 20 oct. 2017 à Chaillot – Théâtre national de la Danse (Salle Firmin Gémier)

Anne Nguyen met en scène les huit breakeurs de Kata comme les derniers représentants d’une voie guerrière, d’un code de l’honneur qui se révèle absurde dans notre monde actuel. Les corps, engagés dans des enchaînements aux allures martiales, tendent vers des adversaires fictifs qui se matérialisent pour donner naissance à des combats dansés. Chaque mouvement de break prend un sens nouveau, transformant les danseurs en samouraïs modernes. Comme dans des véritables katas d’arts martiaux, les formes créées et répétées semblent renfermer des principes cachés. Les gestes se métamorphosent en véritables réflexes de combat adaptables à un maximum de situations. Au-delà de la recherche de l’efficacité martiale, la détermination qui anime les danseurs incarne une forme de spiritualité, d’attitude morale. A travers la pratique de leur art, ils aspirent au perfectionnement de soi, au développement de leur énergie vitale et à l’harmonie avec leur environnement. Mais le monde dans lequel ils évoluent est empreint d’une violence latente et banalisée, soumet l’interaction physique entre individus à de multiples barrières et incite à la passivité. Alors qu’ils prennent du recul sur le paradoxe de leur situation, ces derniers représentants d’une voie dépassée se désengagent peu à peu de luttes qui leur paraissent de plus en plus illusoires.

Pour en savoir plus

Pour sa huitième création, Anne Nguyen poursuit son travail de déstructuration des gestuelles hip-hop et focalise sa recherche sur le break, sa discipline de prédilection. Dans Kata, elle remodèle la gestuelle break, qu’elle conçoit comme « un art martial contemporain, créé pour faire face à un environnement urbain hostile, qui transforme les corps par la violence de ses formes et de ses contraintes ». Elle décompose les mouvements centrifuges du break en des séquences de gestes isolés, et les associe à des principes “utiles” dans le sens du combat et du rapport à l’autre. Les huit breakeurs, individuellement ou au sein de formations parfaitement ordonnées, exécutent des suites de mouvements dansés adressés à des adversaires imaginaires, progressant dans l’espace de manière linéaire et systématique. Le sens de ces phrases chorégraphiques se dévoile lorsque les danseurs se font face et se rapprochent jusqu’à ce que leurs gestes s’emboîtent. Attaques, blocages, esquives, des scènes de combat complexes et intriquées se dessinent au gré du flux et du reflux des “combattants” sur scène, mettant en forme l’énergie guerrière du break. « Nous ne sommes pas confrontés quotidiennement à des situations de combat, mais l’esprit de combativité, à travers le break, est appliqué à notre environnement oppressant et à notre style de vie moderne décadent, qui nous coupent de notre rapport à la Terre et du monde animal. La danse hip-hop et le break sont une forme de discipline et de rituel, ils nous permettent de renouer avec certains de nos instincts profonds, comme ceux de la conquête de puissance physique et de territoire. »

« J’ai beaucoup pratiqué les arts martiaux, en particulier la capoeira et le jiu-jitsu brésilien, mais aussi le Viet Vo Dao et le Wing Chun. L’une des caractéristiques de ces pratiques est le rapport au partenaire, qui implique un contact physique. Or, si le contact avec le sol est un des principes essentiels du break, le contact avec l’autre est très peu exploité par les danseurs hip-hop de manière générale, qui commencent par faire le vide autour d’eux avant de danser dans leur “cercle vital”. Le contact avec le sol, le rapport à la Terre, est l’un des éléments qui ont motivé ma pratique du break plutôt que d’une autre danse. Néanmoins, le contact et le rapport avec un partenaire m’ont beaucoup manqué lorsque j’ai choisi d’arrêter les arts martiaux pour me consacrer à la danse. C’est pourquoi j’en fais l’une de mes lignes de recherche principales en tant que chorégraphe. J’ai élaboré des exercices techniques visant à amener le contact dans le mouvement dansé, inspirés des arts martiaux et de principes mécaniques. J’amène bras, jambes et corps à se rapprocher et à se rencontrer de manière dynamique et circulaire dans des espaces réduits. C’est en passant par ce processus que je crée des combinaisons de mouvement à plusieurs danseurs.

Mon maître de capoeira m’a un jour demandé de choisir entre la capoeira et le break : j’improvisais en ajoutant des formes inutiles ou faibles dans mon jeu lors des combats. Avec Kata, je souhaite tracer le chemin inverse : partir d’une danse faite de mouvements apparemment “inutiles”, le break, et trouver à chaque geste une utilité, comme si tout enchaînement de break n’était qu’un “kata” d’entraînement au combat.
»

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Distribution

Chorégraphie : Anne Nguyen
Danseurs : Yanis Bouregba, Santiago Codon Gras, Fabrice Mahicka, Jean-Baptiste Matondo, Antonio Mvuani Gaston, Valentine Nagata-Ramos, Hugo de Vathaire, Konh-Ming Xiong
Musique originale (composition et interprétation percussions) : Sébastien Lété
Création lumière : Ydir Acef


Partenaires

Avec le soutien de l’ADAMI. Coproductions: Chaillot – Théâtre national de la Danse ; CND, Centre national la danse ; Théâtre de Choisy-le-Roi – Scène conventionnée pour la diversité linguistique ; Espace 1789, scène conventionnée pour la danse ; Le Prisme – Centre de développement artistique de Saint-Quentin-en-Yvelines ; Scènes du Golfe, Théâtres Arradon – Vannes.

La Compagnie par Terre reçoit l’aide pluriannuelle du Ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Ile-de-France, le cofinancement de la Région Ile-de-France, l’aide au fonctionnement du Département du Val-de-Marne et le soutien du Département de la Seine-Saint-Denis.
Anne Nguyen est artiste associée à Chaillot – Théâtre national de la Danse jusqu’en 2018.